lundi, 19 décembre 2016 16:13

Le rétablissement

Le mouvement associatif au service des expérimentations ...

Les personnes atteintes de troubles psychiques peinent à trouver ou à retrouver leur place dans notre société et la reprise d'une activité professionnelle est souvent très délicate. Elles se battent contre une société qui les stigmatise et déclarent :

« Nous avons envie de travailler mais avec des peurs, on souhaiterait que l'on prenne du temps pour nous. Lorsque que l'on ne travaille pas, le temps n'est pas le même ! Nous avons perdu confiance en nous ! »

Face à l'enfermement ou à l'exclusion du monde du travail, des associations proposent des méthodes nouvelles pour redonner confiance aux personnes handicapées psychiques et leur permettre de retrouver une place dans notre société. Bernard PACHOUD, Psychiatre à Paris, déclarait lors des 1ères assises de Messidor qui se sont tenues le 13 octobre 2016 à Lyon :

« Il n'y a pas d'opposition entre le militant du secteur associatif et la recherche. Ce sont les courants militants qui œuvrent pour l'inclusion qui ont conduit au « job coaching » et la recherche a conforté les bienfaits de ces méthodes innovantes. La recherche vient confirmer les intuitions des expérimentations. »

Ces associations luttent depuis toujours contre l'exclusion, la stigmatisation et propose, parfois de manière empirique, des solutions d'inclusion. Parmi celles-ci, on peut citer l'association Messidor et le Club House.

 



Le rétablissement : un nouvel espoir pour les personnes handicapées psychiques...

Une des solutions proposées par ces associations consiste à immerger la personne handicapée psychique directement dans le monde du travail auprès d'un employeur qui accepte la variabilité de son état de santé et qui est suivie par un référent tout au long de son parcours en entreprise.

Véritable soutien et médiateur, ce référent accompagne le travailleur et ses collègues de travail afin de lui redonner confiance et de construire avec lui un devenir acceptable.

Bernard PACHOUD interrogé sur le rétablissement déclarait lors de ces assises :

 

« Retrouver un emploi, ce n'est pas l'objectif principal, c'est le moyen du rétablissement de la personne. Le rétablissement est possible pour une majorité de personnes qui ont un handicap psychique sévère. Il crée un espoir pour les personnes et ceux qui les accompagnent. Il est possible de se rétablir et d'envisager un devenir favorable. Il n'a pas pour objectif, la réduction complète des troubles mais peut permettre une vie convenable ! Le changement de regard est essentiel à plusieurs niveaux : l'expérience des personnes elles-mêmes, il faut qu'elles s'engagent dans une démarche de rétablissement, mais il faut aussi que l'entourage et les professionnels encouragent cette démarche. C'est un tournant dans les pratiques ! Le but prioritaire, c'est l'engagement dans une visée positive. »

Cette solution dite de rétablissement passe impérativement par les 3 concepts suivants :

    • Autodétermination de la personne psychique qui doit accepter ces défis
    • Individualisation de la prise en charge de la personne handicapée psychique
    • L'appui sur les ressources de la personne et non pas la stigmatisation de son mal


Bernard PACHOUD ajoutait :

« L'emploi favorise le rétablissement c'est le signe d'un état de santé qui s'améliore ! C'est pour la personne la possibilité de structurer son temps, d'appartenir à la société. C'est la possibilité de rencontrer d'autres personnes et de sortir de l'isolement. C'est le moyen de gagner la reconnaissance sociale par ses paires pour retrouver l'estime de soi. Sortir de la stigmatisation de la maladie. Le travail n'est pas le seul moyen mais il est essentiel. »

Le Club HOUSE agit également dans ce sens en expérimentant maintenant depuis plusieurs années à Paris, une structure d'accueil pour personnes en situation de handicap psychique qui a pour vocation d'être à la disposition de ces personnes qui sont adhérentes du club ! Elles assurent la gestion de leur espace et sont actrices des actions à mettre en place. Cette formule ne leur donne pas de travail mais les immerge dans un corps social qui accepte la personne avec ses difficultés et qui l'aide à relever des défis de la vie quotidienne. C'est également un bon moyen d'immersion, de responsabilisation, de challenge pour surmonter des défis.

Inès DE PIERREFEU, chercheuse dans les ESAT de transition expliquait lors des assises de Messidor : « ce sont les défis à surmonter qui développent l'estime de soi. Le travailleur handicapé devient un travailleur et plus seulement un malade ! Ce changement de regard passe par le regard des accompagnants ; c'est un effet miroir et un effet de croyance »

 



Le rétablissement : une solution encore peu connue et reconnue ...

Le rétablissement, même s'il a prouvé scientifiquement ses bienfaits, fait l'objet encore de freins importants, en particulier au sein du corps médical, compte-tenu des nombreux préjugés ; en effet, Bernard PACHOUD rappelait :

 

« La schysophrénie est une maladie chronique qui n'empêche pas la personne de travailler. C'est un préjugé ! Plus de 50% des personnes atteintes de cette déficience peuvent travailler en milieu ordinaire. Ce préjugé est également partagé par les malades !! Donc il faut faire tomber ces préjugés !! »

La France dans ce domaine est en retard et Marc CORBIERE, Psychologue du travail à Montréal au Québec déclarait : « la France a du retard dans ce domaine car la loi de 2005 n'est pas proactive en matière d'emploi »

Espérons que la nouvelle loi El Khomri et la mise en place de l'emploi accompagné va permettre de faire décoller ce rétablissement en France et permettre ainsi à des centaines de personnes atteintes de troubles psychiques de retrouver espoir et confiance dans une nation plus inclusive !

Max THOUANEL Directeur Général HLR

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